Le meilleur des mondes

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Voici près d'un siècle, dans d'étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un Etat Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains "sauvages" dans des réserves. La culture in vitro des foetus a engendré le règne des "Alphas ", génétiquement déterminés à être l'élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd'hui, il nous paraît même familier...

Extrait

Extrait de la préface

NOUVELLE DE L'AUTEUR
(1946)

Le remords chronique, tous les moralistes sont d'accord sur ce point, est un sentiment fort indésirable. Si vous vous êtes mal conduit, repentez-vous, redressez vos torts dans la mesure du possible, et mettez-vous à l'oeuvre pour vous mieux conduire la prochaine fois. Sous aucun prétexte, ne vous abandonnez à la méditation mélancolique sur vos méfaits. Se rouler dans la fange n'est point la meilleure manière de se nettoyer. L'art, lui aussi, a sa morale, et un grand nombre des règles de cette morale sont identiques, ou au moins analogues, aux règles de l'éthique ordinaire. Le remords, par exemple, est aussi indésirable en ce qui concerne notre mauvaise conduite qu'en ce qui concerne notre mauvais art. Ce qu'il y a de mauvais doit être traqué, reconnu, et, si possible, évité à l'avenir. Méditer longuement sur les faiblesses littéraires d'il y a vingt ans, tenter de rapetasser une oeuvre défectueuse pour lui donner une perfection qu'elle a manquée lors de son exécution primitive, passer sondage mûr à essayer de réparer les péchés artistiques commis et légués par cette personne différente qui était soi-même dans sa jeunesse - tout cela, assurément, est vain et futile. Et voilà pourquoi ce nouveau Meilleur des mondes est le même que l'ancien. Ses défauts, en tant qu'oeuvre d'art, sont considérables; mais pour les redresser, il m'eût fallu récrire le livre - et, au cours de ce travail de rédaction nouvelle auquel je me serais livré en qualité de personne plus âgée, et différente, je me déferais probablement non seulement de quelques-uns des défauts du récit, mais aussi des quelques mérites qu'il a pu posséder à l'origine. C'est pourquoi, résistant à la tentation de me vautrer dans le remords artistique, je préfère me dire que le mieux est l'ennemi du bien, comme le pire est celui du mal, et penser à autre chose.
Entre-temps, il semble cependant qu'il soit utile de citer tout au moins le défaut le plus sérieux du récit, qui est celui-ci : on n'offre au Sauvage qu'une seule alternative : une vie démente en Utopie, ou la vie d'un primitif dans un village d'Indiens, vie plus humaine à certains points de vue, mais, à d'autres, à peine moins bizarre et anormale.
À l'époque où le livre a été écrit, cette idée, suivant laquelle le libre arbitre a été donné aux êtres humains afin qu'ils puissent choisir entre la démence, d'une part, et la folie, de l'autre, était une notion que je trouvais amusante et considérais comme pouvant parfaitement être vraie. Toutefois, pour l'amour de l'effet dramatique, il est souvent permis au Sauvage de parler d'une façon plus rationnelle que ne le justifierait effectivement son éducation parmi les pratiquants d'une religion qui est mi-parti le culte de la fécondité et mi-parti la férocité du Pénitente. Même sa connaissance de Shakespeare ne justifierait pas en réalité de semblables propos. Et au dénouement, bien entendu, on le fait battre en retraite devant la raison : son Penitente-isme natal réaffirme son autorité, et il finit par la torture démente qu'il s'inflige à lui-même, et le suicide sans espoir. «Et c'est ainsi qu'ils moururent misérablement à tout jamais» - ce qui rassura fort l'esthète amusé et pyrrhonien qui était l'auteur de la fable.

Je n'éprouve aujourd'hui nul désir de démontrer qu'il est impossible de rester sain d'esprit. Au contraire, bien que je demeure non moins tristement certain qu'autrefois que la santé de l'esprit est un phénomène assez rare, je suis convaincu qu'elle peut être atteinte, et je voudrais la voir plus répandue. Pour l'avoir dit dans plusieurs livres récents, et, surtout, pour avoir élaboré une anthologie de ce que les sains d'esprit ont dit sur la santé de l'esprit et sur tous les moyens par lesquels elle peut être obtenue je me suis fait dire par un critique académique éminent que je suis un symptôme déplorable de la faillite d'une catégorie d'intellectuels en temps de crise. Ce jugement sous-entend, je le suppose, que le professeur et ses collègues sont des symptômes joyeux de succès. Les bienfaiteurs de l'humanité méritent congrûment l'honneur et la commémoration. Édifions un panthéon pour les professeurs. Il faudrait qu'il fût situé parmi les ruines d'une des villes éventrées d'Europe ou du Japon, et au-dessus de l'entrée de l'ossuaire, j'inscrirais, en lettres de deux mètres de haut, ces simples mots :

AU SOUVENIR DES ÉDUCATEURS DU MONDE
SI MONUMENTUM REQUIRIS, CIRCUMSPICE

Présentation de l'éditeur

Voici près d'un siècle, dans d'étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un Etat Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains "sauvages" dans des réserves. La culture in vitro des foetus a engendré le règne des "Alphas ", génétiquement déterminés à être l'élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd'hui, il nous paraît même familier...

Biographie de l'auteur

Aldous Huxley est né le 26 juillet 1894, dans une famille appartenant à l'élite intellectuelle britannique. A 16 ans, une maladie des yeux le rend presque aveugle. Il parvient pourtant à obtenir son diplôme à Oxford, où il rencontre de nombreux écrivains, et se lie d'amitié avec D. H. Lawrence. En 1916, il publie un premier recueil de poèmes. Trois ans plus tard, il épouse Maria Nys, qui lui donne un fils, Matthew. Installés à Londres, ils voyagent en Inde et aux Etats-Unis. En 1931, quatre mois lui suffisent pour écrire Le Meilleur des mondes, qui connaît rapidement un succès international. En 1937, il s'installe avec sa famille aux Etats-Unis, où il devient scénariste pour Hollywood. En 1958, il publie Retour au meilleur des mondes. Dans les années cinquante, il s'intéresse aux drogues psychédéliques, et publie Les Portes de la perception en 1954, Le Ciel et l'Enfer en 1956 ou encore île en 1962. En 1959, il se voit décerner le Award of Merit for die Novel par l'Académie américaine des Arts et Lettres. Il s'éteint en 1963.

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